Additifs alimentaires : ce que révèlent les dernières études scientifiques
- Marylene Jamaux

- 28 janv.
- 4 min de lecture

En 80 ans, nos modes de vie ont été révolutionnés, nos modes alimentaires aussi. Les traditions culinaires transmises de mère en fille ont laissé la place à une alimentation de plus en plus transformée avec des circuits de distribution modifiés. Aujourd’hui plus variée, plus diversifiée, notre alimentation est pourtant moins riche en fibres, en protéines végétales (légumineuses) et en micronutriments (vitamines, oligo-éléments et minéraux).
L’offre de nourriture actuellement proposée laisse d’ailleurs parfois perplexe. Conservateurs, exhausteurs de goût et additifs en tous genres inondent nos plats et trompent nos sens. D'ailleurs, de manière récurrente, la thématique des additifs alimentaires s’invite dans les études de santé et dans les préoccupations de ceux qui se soucient de leur alimentation. Fatigue chronique, troubles digestifs, inflammation de bas grade, prise de poids inexpliquée… et si notre alimentation ultra-transformée y était pour quelque chose ?
Deux études scientifiques récentes [1] [2] font la corrélation entre la présence de conservateurs alimentaires dans les aliments et les boissons transformés, et l’augmentation du risque de cancer et de diabète type 2. A l’origine de ces observations, 2 équipes de l’INSERM et l’INRAE ont analysé les données recueillies entre 2009 et 2023 auprès de plus de 100 000 adultes volontaires.
Additifs alimentaires : de quoi parle-t-on ?
Les additifs alimentaires incriminés dans ces études ont la propriété de prolonger la durée de consommation des aliments qui les contiennent. Selon leur action, ils sont regroupés en deux classes :
les non-oxydants : ils empêchent la détérioration de l’aliment en empêchant la croissance microbienne (de E200 à E200),
les antioxydants : ils agissent comme des retardateurs de dégradation en limitant les niveaux d’oxygène dans leur contenant (de E300 à E399).
Ils sont notamment présents dans :
les plats préparés,
les charcuteries et viandes transformées,
les pâtisseries et les pains industriels,
les desserts lactés aux fruits,
les boissons sucrées,
les sauces.
Additifs alimentaires : cancer ou diabète ?
Bien que les liens ne soient pas clairement établis entre ces additifs et les pathologies qu’ils pourraient induire, les études expérimentales suggèrent la possibilité que ces composés altèrent les voies inflammatoires et immunitaires. Ainsi, une consommation régulière d’aliments contenants ces additifs a été corrélée à deux risques principaux :
Augmentation des cancers, notamment des cancers du sein, avec :
les sorbates (sorbate de potassium E202 entre autres), les sulfites (métabisulfite de potassium), le nitrite de sodium E250, nitrate de potassium E252, les acétates, l’érythrobate de sodium E316.
Augmentation du diabète type 2 (+40%), notamment avec
sorbate de potassium E202, métabisulfite de potassium E224, nitrite de sodium E250), acide acétique E260, acétates de sodium (E262) et propionate de calcium E282, ascorbate de sodium E301, alpha-tocophérol E307, érythorbate de sodium E316, acide citrique E330, acide phosphorique E338, extraits de romarin E392.
Ces recherches sont les premières à relier statistiquement la consommation de certains additifs alimentaires à des risques majeurs de santé à grande échelle. Au-delà de la consommation des conservateurs et autres additifs (émulsifiants, colorants, édulcorants…), c’est aussi l’addition de plusieurs d’entre eux, et de manière régulière, qui augmente les risques de maladie. Les scientifiques parlent d’effet cocktail[3].
Toutefois, ces études ne sont que « observationnelles ». Alors, en attentant d'autres recherches ou une éventuelle réévaluation des réglementations alimentaires, voici quelques conseils pour revoir sa consommation d’additifs à la baisse.
Du bon sens dans l’assiette
Afin qu’il soit simple de se nourrir et de rester en bonne santé, quelques rappels, inspirés du livre de Mickael Pollan[4], qui restent toujours d’actualité.
Pour faire simple, mieux vaut se tenir éloigné :
des préparations alimentaires contenant des ingrédients que l’on ne trouve pas dans un garde-manger familial : métabisulfite de potassium E224, diacétate de potassium (E261) …,
des préparations contenant plus de 5 ingrédients,
des produits aux ingrédients imprononçables ou inconnus,
des aliments dont il est fait beaucoup de publicité. L’industrie agro-alimentaire crée chaque année des milliers de nouveaux « produits comestibles »
des aliments faussement allégés (faux sucres, faux beurres, yaourt 0%…)
des aliments dont l’emballage clame qu’ils sont bons pour la santé !
En terme de consommation courante, il est conseillé de :
favoriser les végétaux et traiter la viande comme un assaisonnement, pour donner du goût à vos plats ou comme un aliment réservé aux grandes occasions,
consommer principalement des aliments « bruts », frais et de saison, qui finiront par pourrir (les aliments sont vivants, ils sont condamnés à mourir)
sucrer et saler vous même votre nourriture,
ne mangez rien que votre arrière-grand-mère ne reconnaitrait comme un aliment (fromage synthétique, œufs durs en barre…)
payer plus et mangez moins. Enrichissez votre épicier plutôt que votre médecin.
bien sûr, enfreignez les règles de temps en temps !
Une période de transition (réhabilitation ?) vers ce type de nourriture peut être nécessaire. Sans additif et/ou exhausteur, les plats peuvent paraître moins goûteux dans un premier temps. Misez alors sur la qualité des produits.
Sources :
[1] Hasenböhler A, Javaux G, Payen de la Garanderie M, de Edelenyi FS, Yvroud-Hoyos P, Agaësse C, De Sa A, Huybrechts I, Pierre F, Audebert M, Coumoul X, Julia C, Kesse-Guyot E, Allès B, Deschamps V, Hercberg S, Chassaing B, Srour B, Deschasaux-Tanguy M, Touvier M. Intake of food additive preservatives and incidence of cancer: results from the NutriNet-Santé prospective cohort. BMJ. 2026 Jan 7;392:e084917. doi: https://doi.org/10.1136/bmj-2025-084917 PMID: 41500678; PMCID: PMC12776923.
[2] Hasenböhler, A., Javaux, G., Payen de la Garanderie, M. et al. Associations between preservative food additives and type 2 diabetes incidence in the NutriNet-Santé prospective cohort. Nat Commun 16, 11199 (2025). https://doi.org/10.1038/s41467-025-67360-w
[3] Delfosse, V., Dendele, B., Huet, T. et al. Synergistic activation of human pregnane X receptor by binary cocktails of pharmaceutical and environmental compounds. Nat Commun 6, 8089 (2015). https://doi.org/10.1038/ncomms9089
[4] Les règles d’une saine alimentation de Michael Pollan, Éditions du Trésor caché, 2010
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